Les Zurbains 2003
Grand froid sur Ste-Catherine

Supplément Internet de Lurelu, mai 2003

Une quinzaine d’écoles de la région métropolitaine avaient participé au projet qui consistait dans un premier temps à recevoir, à l’automne 2002, une animatrice ou un animateur pour expliquer aux élèves le concept de conte urbain et le concours des Zurbains. Près de cinq cents jeunes ont écrit des contes. La participation a été abondante dans la région de Québec aussi.

Sur notre photo, Monique Gosselin, codirectrice artistique du Clou, entourée d’auteurs et de comédiens, explique aux jeunes stagiaires de Montréal le déroulement du week-end d’encadrement dramaturgique.

Plus de deux cents contes urbains ont été reçus par Le Clou, qui les a fait lire à un jury composé de gens de théâtre. Dans la région de Montréal, les élèves de sept écoles secondaires ont été choisis pour participer au stage, sur la foi de la qualité et du potentiel de leur texte. Les élèves de neuf écoles de la région de Québec ont participé au stage des Gros Becs, du 14 au 16 février.

Notre photo : au Théâtre Denise-Pelletier, sous le regard souriant du comédien Pascal Auclair, l’auteure Nathalie Boisvert donne des explications à des élèves de l'école Félix-Leclerc (arrondissement Pointe-Claire) et du collège L’Assomption.

Douze textes ont été retenus pour être travaillés lors du week-end de Montréal, et douze autres lors de celui de Québec. Les titres de certains contes ne manquaient pas d’originalité : «La patate nucléaire», «Mondiavalé», «Sépulture de la lucidité», «Deux sacs et un violoncelle», «L’affaire Ketchup», «Sucre à la crème», «Un accouchement à toute vitesse»...

Sur notre photo : l’auteur dramatique Olivier Choinière livre ses commentaires à des élèves de l’école Joseph-François-Perreault (Montréal), de la polyvalente Horizon-Jeunesse (Laval) et du collège Jean-Eudes (Montréal).

Un bain de théâtre. Le vendredi soir, on a offert aux quatorze stagiaires de Montréal la prestation de deux contes urbains du spectacle de l’an dernier, à la salle Fred-Barry, et le dimanche après-midi une lecture de tous les contes travaillés durant le week-end, devant un public choisi. Les jeunes stagiaires avaient accès aux coulisses du Théâtre Denise-Pelletier, à peu près désert la fin de semaine.

Sur notre photo : l’auteur Stéphane Hogue et la comédienne Mireille Brullemans avaient réuni leur petit groupe dans l’atelier des décors du Théâtre Denise-Pelletier parmi les accessoires de la production du Menteur de Corneille, à l’affiche du 24 janvier au 15 février.

Travail individuel... ou d’équipe. Toute la journée du samedi, et le dimanche matin, les stagiaires retravaillent leur texte en fonction des commentaires des auteurs professionnels et des comédiens. À Montréal, le Théâtre Denise-Pelletier leur donnait accès à sept ordinateurs tout neufs. La plupart des participant(e)s avaient écrit leurs textes en solo, mais il y avait une équipe de trois coauteures venant de la polyvalente Horizon-Jeunesse. À Québec, deux textes étaient signés par des duos; les dix autres auteurs avaient écrit en solo.


Sur nos photos : Vincent Grenier-Fontaine (école Félix-Leclerc), Katia Belkhodja (Collège Français) et l’équipe de la polyvalente Horizon-Jeunesse.

Jean-François Chagnon (au centre), stagiaire l’an dernier et signataire de ce récit-reportage, en conversation avec l’un des participants de cet hiver, Grégoire Bourque.

Ça peut être drôle, et ça peut être intense. Tout au long de la fin de semaine d’encadrement dramaturgique, quatre comédiens et quatre auteurs dramatiques se tiennent à la disposition des jeunes stagiaires pour les conseiller, commenter leur retravail ou donner une nouvelle lecture à leur texte modifié.


Sur nos photos : Nicolas Pilotte explique une idée à l’écrivaine Nathalie Boivert (de dos), tandis qu’André Ebow-Gagné (école Félix-Leclerc) lit un passage à ses tuteurs, l’auteure Geneviève Billette et le comédien Martin Laroche (à gauche). Son conte «Le stage» fera partie du spectacle de mai prochain.

Rendez-vous en mai à la salle Fred-Barry, pour Les Zurbains 2003. Le conte «The color of my love» de Dominique Pellerin-Grenier (école Georges-Vanier) figurera au programme, en compagnie de ceux des auteurs professionnels Stéphane Crête («J’ai rien à dire») et Anne-Marie Olivier («Une concierge sexy»).

Le week-end de Québec se déroulait sous la direction de Monique Gosselin, avec les auteurs André Jean, Geneviève Billette et Anne-Marie Olivier, les comédiens Paul-Patrick Carbonneau, Carol Cassistat et Caroline Tanguay. Les contes «Laprise en filature» de Marie-Ève Martel (école Roger-Comtois, Québec) et «Un accouchement à toute vitesse» de Sébastien Rioux (collège Claretain, Victoriaville) ont été sélectionnés pour Les Zurbains 2003.

Du 10 au 12 janvier, au Théâtre Denise-Pelletier, rue Ste-Catherine Est, avait lieu l’atelier d’écriture des Zurbains 2003. Les gens du Théâtre Le Clou, organisateur de l’événement depuis six ans, appellent cela un «week-end d’encadrement dramaturgique». Les jeunes qui sortent de là, en fin de journée dimanche, n’ont pas un cadre dramatique autour de la tête, mais souvent ils portent dans leur cœur une passion nouvelle (ou renouvelée) pour le théâtre et le conte urbain. Ce fut le cas de Jean-François Chagnon en 2002, à tel point qu’il a accepté spontanément notre invitation de «couvrir» pour Lurelu le stage de 2003.

Daniel Sernine
directeur, Lurelu


Raconter une histoire. Faire rire, pleurer, réfléchir, éternuer. Un conte urbain permet, par l’oralité, de faire voyager le public. Renouant avec la tradition du conte, puisqu’il s’agit d’un récit raconté directement au public, le conte urbain aborde des sujets qui nous touchent tout en dépeignant la société urbaine. L’écriture de ce genre de conte permet donc aux adolescents d’évacuer leurs plus obscures pulsions en ne s’imposant aucune limite.

Les jeunes peuvent aussi bien parler de ce qui les concerne directement comme l’amour, la drogue, la sexualité, l’école, la famille ou simplement raconter une histoire sortie tout droit de leur imagination. Ils peuvent aussi mélanger tous ces éléments et déformer leur propre réalité et, ainsi, ils ont la chance de transformer leurs professeurs en chats volants ou encore de faire exploser un livreur de pizza. De cette façon, un simple tour au téléphone peut devenir une aventure invraisemblable.

Je sors de prison. Je veux refaire ma vie, mais je n’ai pas envie de vendre des portefeuilles, cette solution est stupide quand on peut en voler et se faire beaucoup plus d’argent. Cependant, je ne choisirai pas cette option non plus, j’ai décidé de me lancer en politique. Il serait peut-être nécessaire de vous raconter comment j’ai été emprisonné.

Mon père était pompier et ma mère scaphandrier (elle avait brûlé son soutien-gorge pour qu’on invente le mot «scaphandrière», mais mon père s’était empressé de l’éteindre). Lorsque le temps est venu pour moi de me choisir un métier, je n’ai pas voulu décevoir mes parents. J’ai donc décidé de devenir un pompier aquatique. Pendant dix ans, j’ai travaillé sous la mer, j’attendais que les algues ou les épaves prennent feu. J’adorais ma profession, j’étais heureux. Ma vie avait jusque-là été parfaite, ce bonheur aurait continué si je n’avais pas reçu ce fameux coup de téléphone.

Je venais tout juste d’entrer dans ma maison, après une épuisante journée de travail. J’avais déposé mon casque sur la patère, ma hache sur le comptoir et mon boyau sur une étagère (je traînais mon boyau avec moi, car la source d’eau pour éteindre les incendies était moi-même; le corps humain étant composé à 70 % d’eau, je pouvais donc brancher mon boyau sur moi, ceux qui affirment que le corps a besoin de cette eau mentent). Juste au moment où j’allais m’asseoir pour me reposer, le téléphone a sonné.

- Allo ! répondis-je.
- Ton frigidaire y marche-tu ?
- Oui.
- Ben regarde dehors, il court dans ‘rue !

Puis, l’interlocuteur a raccroché. Je me suis empressé de me rendre à la cuisine. Mon réfrigérateur n’était plus là. J’ai regardé par la fenêtre, et effectivement, il courait dans la rue. J’ai alors empoigné ma hache et je suis sorti. J’ai rattrapé mon réfrigérateur et je l’ai massacré. Qu’est-ce qu’il lui avait pris de se sauver ? Je le nourrissais bien pourtant, je lui donnais tous les aliments que j’achetais. J’étais si troublé que je n’ai même pas entendu les sirènes des policiers. Trois voitures sont arrivées près de moi. C’était la brigade des électroménagers. Un aspirateur, un lave-vaisselle et une sécheuse sont sortis des automobiles et m’ont pointé avec leurs armes. Le lave-vaisselle m’a passé les menottes. À la cour, le juge, un congélateur, m’a condamné à une sentence de vingt ans.

En prison, j’ai lu énormément sur la politique et les océans – j’avais tout de même gardé ma passion pour la mer et l’amour de ma mère. Pour moi, c’était clair, en sortant, j’allais devenir ministre ! Néanmoins, je n’avais pas encore d’idéal vraiment révolutionnaire.

Le jour de ma libération, j’ai été frappé par un éclair de génie, heureusement que j’avais des souliers en caoutchouc, je n’ai pas été blessé. Puis, j’ai eu l’idée qui allait changer le monde politique. Ma nation m’adulerait. Je vous annonce mon projet en primeur aujourd’hui. Je ferai un référendum pour obtenir un pays qui sera immergé sous l’eau. Pour un Québec sous-marin!


L’écriture d’un conte urbain permet une très grande liberté. La seule restriction se trouve au niveau de la forme, l’auteur doit tenir compte de l’oralité et s’exprimer à la première personne du singulier. Cependant, l’oralité peut jouer sur différents niveaux de langue, le narrateur peut aussi bien s’exprimer dans un français littéraire ou encore utiliser le joual ou l’argot le plus vulgaire. Ce qui est important, c’est que l’histoire capte les spectateurs.

Voilà pourquoi les jeunes auteurs qui ont été sélectionnés pour participer à la fin de semaine de réécriture au Théâtre Denise-Pelletier, organisé par le Théâtre Le Clou, doivent retravailler leur texte pendant deux jours en recevant l’aide d’écrivains, de comédiens et de metteurs en scène professionnels. Ainsi, chaque jeune est jumelé à un auteur et à un comédien afin de peaufiner son texte dans le but d’améliorer l’oralité, la théâtralité et l’efficacité de l’histoire. On épure, on clarifie et on précise ce que le jeune voulait exprimer.

Les professionnels respectent l’univers créé par le stagiaire en tentant d’approfondir son idée. Les jeunes ne sont pas censurés, ils sont guidés dans leur travail. Certains racontent leur vie et d’autres se laissent bercer par leur imagination. Toutefois, aucun n’a la même façon de travailler. Quelques jeunes trouvent qu’il est difficile de transformer son texte, ils ont l’impression que les nouvelles versions perdent de l’authenticité. D’autres, quant à eux, adorent réécrire et ont l’impression d’écrire un texte supérieur à ce qu’ils se croyaient capables de créer.

Les stagiaires n’ont pas l’impression de devoir détruire leurs idées, au contraire, ils sentent qu’ils les améliorent. Les adolescents ont des choses à dire, ils ont une vision du monde, et surtout une imagination sans limite qui, peut-être à cause de la naïveté de l’enfant qu’ils n’ont pas totalement perdue, ne s’autocensure pas, comme ont trop souvent l’habitude de le faire les adultes.

Jean-François Chagnon


Du mardi 6 au vendredi 16 mai 2003, à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, Le Clou présentera Les Zurbains 2003, qui proposera deux contes urbains d’auteurs professionnels et quatre de jeunes auteurs, sélectionnés parmi les textes qui ont été retravaillés au stage de Montréal et à celui de Québec (organisé par le Théâtre des Gros Becs du 24 au 26 janvier). Vous en saurez davantage en visitant les sites suivants :

Théâtre Le Clou
Théâtre Denise-Pelletier
Théâtre Les Gros Becs

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